Fautes de français

Tweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on FacebookShare on TumblrShare on Google+Pin on Pinterest

Le français dans le monde // n° 380

Tous les deux mois, Afmagazine.in publie un article du Français dans le Monde. Ce mois-ci, entretien avec un présentateur vedette de la télévision française, Julien Lepers. 

De son expérience de la télévision, Julien Lepers a tiré un livre sur les erreurs de français les plus courantes. Questions pour un champion de l’orthographe et de la prononciation.

Pourquoi avez-vous écrit ce livre sur les fautes de français?
Julien Lepers: Albert Camus disait que « mal nommer les choses, c’est contribuer au malheur du monde ». Je trouve cette phrase très belle et très juste. Aujourd’hui, nous vivons dans une France  désunie. Je suis convaincu que nous nous entendrons mieux si nous ne maltraitons pas notre langue comme c’est trop souvent le cas. Avec l’émission « Questions pour un champion », je m’adresse à des millions de téléspectateurs et je ne peux pas me permettre d’écorcher le français. C’est une lourde responsabilité… Mais cette langue est tellement compliquée qu’il m’arrive régulièrement de commettre des fautes. J’ai donc décidé de me prendre par la main et de les corriger.

sur France3 et TV5

Quand avez-vous commencé à relever vos erreurs?
J. L. : Je me suis fait reprendre par des téléspectateurs dès la première émission! On n’imagine pas le nombre de lettres que je reçois chaque jour… « Questions pour un champion » bénéficie d’une audience importante, et certains téléspectateurs se considèrent comme des puristes. Ils ne supportent pas que l’on écorche le français. Ils ont raison, mais j’ai l’impression que certains d’entre eux sont légèrement sourds: ils ont parfois mal entendu ou mal compris ce que j’ai dit à l’antenne.

Vous faites aussi la chasse aux pléonasmes et aux expressions toutes faites dans votre livre…
J. L. : J’aime beaucoup en effet traquer des pléonasmes tels que « caracoler en tête » ou « vite se dépêcher », et des clichés comme « avoir le vent en poupe » ou « jeter un pavé dans la mare ». C’est assez drôle et je me suis bien amusé en écrivant ce livre. J’estime qu’il est de mon devoir de relever toutes ces erreurs.

Le dernier ouvrage de Julien Lepers

Le dernier ouvrage de Julien Lepers

Les médias en général et la télévision en particulier sont souvent décriés. Pourtant, votre émission joue un rôle pédagogique et contribue au bon usage de la langue…
J. L. : « Questions pour un Champion » est suivie chaque jour par des millions de personnes dans le monde entier. Il y a des dizaines de milliers de professeurs qui enseignent le français langue étrangère sur la planète… Abdou Diouf, l’ancien président du Sénégal, aujourd’hui secrétaire général de l’Organisation  internationale de la Francophonie, regarde régulièrement l’émission avec son épouse. Il m’a expliqué un jour qu’elle était essentielle pour le rayonnement de la langue française. C’est en partie grâce lui que j’ai pris conscience de ce qu’elle représente et de la nécessité de maîtriser le français. En réalité, son importance la situe bien au-delà d’un programme télévisé classique.

Avez-vous plus d’indulgence pour certaines fautes?
J. L. : Le français est une langue d’une complexité folle, d’une grande richesse et pleine de nuances. Je plains les étrangers qui veulent l’apprendre ! Même nous, qui la pratiquons au quotidien, nous nous trompons régulièrement… Mais je crois qu’il faut en effet faire preuve d’indulgence pour certaines erreurs. On ne devrait pas prononcer le p des mots « dompteur » et «cheptel », mais tout le monde le fait. De même, certains mots venus de l’anglais pourraient être remplacés par leur équivalent français, même si l’anglais est devenu la langue universelle. Par exemple, plutôt que d’employer « buzz », on pourrait parler de « ramdam », un mot venu de l’arabe et qui est une altération de « ramadan ». Mais il est inutile de lutter contre certains usages, car ils font désormais partie du langage courant. Autre exemple : tout le monde prononce le mot « féerie » comme s’il y avait deux é, ce qui donne « fé-é-rie », alors qu’il faudrait dire « fé-ri ».

Les évolutions d’une langue doivent-elles venir de « la rue » ou d’une autorité compétente, à l’image de notre Académie française?
J. L. : Des deux! Le français est une langue vivante, certains mots disparaissent tandis que d’autres sont créés. Je n’ai rien contre les évolutions linguistiques car une langue ne cesse de bouger. Je me contente de corriger les fautes les plus évidentes.

Vous observez dans votre livre que le français est souvent bien mieux parlé par les étrangers…
J. L. : Peut-être parce que l’apprentissage de notre langue les oblige à étudier les manuels de grammaire et les précis d’orthographe. J’ai toujours été impressionné par les Canadiens francophones, qui se battent comme des fous pour défendre le français et qui sont bien plus attachés que nous à sa préservation.

Vous arrive-t-il encore de commettre des erreurs?
J. L.: Je me trompe parfois sur les féminins et les masculins… Je ne suis ni grammairien, ni académicien, ni agrégé de lettres, ni lexicologue. Je ne suis qu’un Français moyen passionné par sa langue, qui a voulu répondre avec humour aux engueulades de certains téléspectateurs le clouant volontiers au pilori! D’ailleurs, n’hésitez pas me reprendre si j’ai commis des fautes dans cette interview… Au fait, « interview », c’est bien féminin? ■

C. Q. Propos recueillis par Christophe Quilien

Compte rendu
Il ne serait pas sérieux de débuter cet article par une faute de français. Trop tard, le mal est fait! En effet, on ne débute pas un article puisque « débuter » est un verbe intransitif… Depuis vingt-huit ans qu’il présente à la télévision l’émission « Questions pour un champion », il est souvent arrivé à Julien Lepers de prendre, bien malgré lui, quelques libertés avec la langue française. Laquelle, il faut le reconnaître à sa décharge, n’a jamais brillé par sa facilité. Il ne compte plus les missives incendiaires qu’il a reçues des téléspectateurs, défenseurs du bon usage aussi fidèles qu’intransigeants. Afin que rien ne se perde, il a eu l’idée de ce livre destiné à traquer les erreurs les plus courantes, les pléonasmes, les clichés et les jargons en tout genre. Un ouvrage aussi drôle qu’instructif que tout amoureux du français doit vite se dépêcher de lire. Attention, ami lecteur, un pléonasme s’est caché dans la phrase précédente: saurez-vous le découvrir?

 Le français dans le monde // n° 380 // mars-avril 2012

Tweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on FacebookShare on TumblrShare on Google+Pin on Pinterest

Comments are closed.

Rédaction

Directeur de publication : Délégation Générale de la Fondation Alliance Française en Inde et au Népal

Rédacteur en chef : Laurent Elisio Bordier

Rédacteur/Coordinateur national : Siddharth Bhatt

Rédacteurs, contributeurs : Guillaume, Abhirami, Alexandre, Chintan, Cléa, David, Eleonore, Elie, Kanika, Karine, Nita, Thomas, Malvika, Marie-Joëlle, Meera, Mayuri, Mitushi, Alice, Prutha, Romain, Ritika, Manas, Supriya ...