Francophonie : l’inversion des pôles

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Français dans le Monde

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Tous les deux mois, Afmagazine.in publie un article du Français dans le MondeArticle paru dans le n° 383 // septembre-octobre 2012, écrit par Françoise Ploquin

Convoqué par l’OIF  un trimestre à peine avant le Sommet des chefs d’État et de gouvernement à Kinshasa, le Forum mondial de la langue française s’est réuni à Québec du 2 au 6 juillet.

Remettre la langue au cœur de la francophonie. Telle a été l’œuvre de ce Forum. Car le français n’est pas la langue de la France, comme le soulignait Abdou Diouf dès l’ouverture des travaux, mais celle de tous les francophones. C’est à un vaste rassemblement de la société civile francophone mondiale qu’a donné lieu ce congrès. Être francophone, c’est vouloir l’être a très bien diagnostiqué à la tribune un Canadien anglophone qui revendique son appartenance à la francophonie. À ce titre étaient conviés nombre de ressortissants de pays n’appartenant pas à l’Organisation internationale de la francophonie, témoin la conférence plénière du Japonais Nobutaka Miura. Étaient également invités des entrepreneurs, des industriels, des syndicalistes et surtout des jeunes qui composaient près de la moitié de l’assemblée. Ils avaient entre 18 et 30 ans, étaient étudiants ou professeurs de français. Souvent lauréats de différents concours de sélection, ils étaient venus du monde entier et très majoritairement d’Afrique subsaharienne. Et ces jeunes se sont sentis impliqués. Ils ont rédigé des déclarations espérant être entendus par les dirigeants prochainement réunis à Kinshasa.

« Faire de l’appartenance à l’univers francophone une marque visible et positive. »

La place des jeunes

Forum Mondial de la langue française

Leur première demande est celle de la mobilité au sein de l’espace francophone grâce à la création d’un passeport ou d’un visa francophone. La francophonie n’existe pas si les francophones ne peuvent pas se déplacer librement d’un pays à l’autre, estiment-ils. Reprenant leur revendication, beaucoup d’orateurs se sont indignés que des centaines de jeunes (400 assurait-on) invités par le Forum se soient vu refuser le visa d’entrée au Canada. Il est souvent plus facile à un étudiant africain de poursuivre ses études aux États-Unis d’Amérique qu’en France. Situation à laquelle pourrait déjà remédier une politique de boursiers plus  soutenue. La mobilité aujourd’hui se conjugue avec la facilité de communiquer.  L’espace virtuel est en ce sens un lieu privilégié d’échanges. Aussi la deuxième demande forte a-t-elle porté sur l’aide que les pays du Nord peuvent apporter à ceux du Sud pour réduire la fracture numérique. Le cinéaste cambodgien Rithy Panh constate qu’en retard  dans le domaine du numérique les créateurs ne peuvent pas suivre ; les orateurs venus de l’arabophonie souhaitent ouvrir le monde arabe au numérique et les Africains réclament l’aide de la francophonie pour que le cyberespace fasse une place à leurs langues. À la société civile, il est demandé de renforcer les réseaux d’entreprenariat et de faire de l’appartenance à l’univers francophone une marque visible et positive.

La place de l’Afrique
À travers les différentes interventions pointait l’inversion des pôles à laquelle la francophonie va très bientôt devoir faire face. Constatant le déclin des économies du Nord (0,3 % de croissance pour la France par exemple, comparé aux 6  % enregistrés pour l’Afrique), le banquier francobéninois Lionel Zinsou a rappelé que la langue est une arme économique essentielle. Pour le prouver, il a montré combien les investissements en Afrique suivaient le chemin des langues. Si le Mozambique traite volontiers avec le lointain Brésil, c’est parce que la langue dans laquelle est rédigé le contrat est une langue partagée. La confiance, fondement implicite et primordial des échanges commerciaux, s’établit en grande partie dans le partage d’une langue commune. Si le capital est encore au Nord, le marché, la main-d’œuvre et la demande vont bientôt être au Sud. En 2025, un quart de la population active du globe sera africaine. Dans une trentaine d’années, neuf francophones sur dix seront originaires de l’Afrique francophone. En étant conscients de ces urgences, les gouvernements francophones doivent prendre et appliquer des décisions importantes.

« Respecter un équilibre entre les langues locales et les langues issues de la colonisation dans l’espace éducatif, patrimonial et créatif. »

Une participation active des jeunes

Dans le domaine culturel, il conviendrait de favoriser, grâce à un système de détaxe par exemple ou de gratuité des logiciels, la circulation des œuvres littéraires, musicales et cinématographiques. Tous se sont accordé à reconnaître le rôle majeur que joueTV5 comme lien et comme vecteur de

diffusion de l’image et des images de la francophonie et donc la nécessité de soutenir et de développer la chaîne partout dans le monde.  Dans le domaine éducatif, l’écrivain congolais Henri Lopes est allé jusqu’à suggérer que l’OIF suspende les pays qui ne rendent pas obligatoire l’enseignement du français dans leur système scolaire, en bonne harmonie avec l’enseignement des langues locales. Les grandes langues ayant tendance à entraîner la destruction des langues minoritaires, il s’agit de penser sérieusement la gestion du plurilinguisme. En Afrique, la préservation de la diversité linguistique est un des enjeux de la francophonie qui doit veiller à respecter un équilibre entre les langues locales et les langues issues de la colonisation dans l’espace éducatif, patrimonial et créatif. Rendez-vous est pris dans trois ans pour un second Forum qui aura à juger des progrès de l’esprit de réseau en francophonie.

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