Back to Poona :Economics of Heritage

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 « Malls are the only thing we create today and they lack of vibrancy » glisse un membre de l’ONG INTACH, the Indian National Trust for Art and Culture Heritage, au cours de sa présentation sur la ville de Pune, dans le cadre du séminaire Economics on Heritage.  Triste constat, légèrement provocateur, certainement afin de déranger un peu l’inertie qui caractérise actuellement les politiques urbaines en matière d’héritage.

La richesse du patrimoine indien, s’étalant sur plus de 5000 ans, assurément partie intégrante des identités locales et nationale n’est pourtant pas à démontrer. Et les Indiens ne se lassent d’ailleurs pas de répéter aux visiteurs étrangers : “Look at our history, look at our people, India is the most diverse country in the world!”. Pourtant les coûts qu’engendrent la restauration et la conservation du patrimoine conduisent bien souvent à le considérer comme un fardeau, et il est alors difficile de trouver des investisseurs, dans le secteur privé comme public. Comment financer la protection du patrimoine, et surtout comment en faire un moteur de développement économique et social pour la ville et son entourage ?

Economics of Heritage, séminaire organisé début decembre à Pune, par la Pune Municipal Corporation, en collaboration avec Indian Heritage Cities Network, l’Unesco et l’Ambassade de France, est une des premières conférences à se pencher sur la question, rassemblant des experts d’horizons variés : économistes, architectes, archéologues, anthropologues et responsables exécutifs, venus d’Europe et d’Asie.

Shaniwar Wada, Pune

Qu’entend-on tout d’abord lorsque l’on parle de patrimoine, et comment en concilier les différents aspects ?

Ce qui vient immédiatement à l’esprit sont les monuments historiques et les paysages naturels, qui constituent le patrimoine tangible. Mais la population locale, sa culture, ses traditions ainsi que le savoir-faire et l’artisanat qui lui sont associés sont aussi partie prenante de l’héritage. Au cours des discussions,  nombreux sont ceux à avoir souligné que l’espace urbain et son héritage devaient être considérés conjointement. L’approche intégrée permet en effet de mieux évaluer les politiques de protection et de restauration du patrimoine car elle prend en compte les coûts et bénéfices indirects de ces politiques, ce que les économistes appellent «externalités».
La transformation d’un monument en site touristique par exemple, peut encourager la création d’emplois dans le domaine hôtelier aux alentours, mais également affecter la qualité de vie de la population locale, en cas d’afflux massifs de touristes. Le patrimoine a aussi une valeur culturelle et sociale qu’il n’est pas toujours évident de mesurer pour les économistes : sentiment de prestige, impression renforcée de partager quelque chose de commun au sein de la population, apport en terme d’éducation… Mieux appréhender qualitativement et quantitativement les valeurs du patrimoine est pourtant essentiel car ce sont ces évaluations qui motivent et orientent ensuite les investissements.

Le projet qu’Indian Heritage City network a développé à Ahmadabad, présenté par un des responsables de l’organisation City Heritage Centre, Rajiv Patel, semble être un exemple réussi de politique de mise en valeur du patrimoine car elle réunit divers acteurs et concilie les intérêts de chacun. Dans la vieille ville, la municipalité a mis en place des chambres chez l’habitant en collaboration avec les riverains et l’expertise des sociétés hôtelières. La population locale participe au projet touristique visant à rénover et redynamiser le cœur historique de la ville et profite de ses retombées économiques positives. Les touristes eux sont satisfaits de pouvoir découvrir une Inde plus authentique. Quant aux entreprises hôtelières, elles gèrent la partie logistique : réservations et rôle d’intermédiaire entre le client et la famille hôte.

Durant la conférence, la question du financement du patrimoine a également été abordée. Au niveau macro-économique l’idée d’une taxe pour les transactions touristiques a été envisagée : elle permettrait de créer un fond commun au niveau régional, national ou même international pour financer des projets de protection et de rénovation du patrimoine. Au niveau micro-économique, contrairement à l’idée reçue, les réductions fiscales ne sont pas le facteur principal motivant les donations privées; dans son étude Fostering Individual Giving to cultural heritage, le professeur Enrico Bertacchini, de l’Université de Torino a observé que des variables telles que la transparence de l’institution à laquelle l’individu donne son argent ou encore le sentiment de bien-être associé à l’acte de donation étaient largement déterminants eux aussi. En France, Hervé Passamar, directeur de l’Agence pour le Développement et la Valorisation du Patrimoine, travaille à mettre en place un système d’observation centralisé pour mieux appréhender la gestion des « lieux de patrimoine» : ce projet est ambitieux car, comme il l’a rappelé, nombre de sites touristiques ne sont pas dotés de système informatique et il est souvent difficile d’obtenir des chiffres précis concernant leur bilan économique.

Enfin cette conférence a aussi été l’occasion pour la ville de Pune de signer son adhésion au Indian Heritage Cities Network, un réseau crée par l’Unesco il y a 6 ans : cette plateforme d’échange doit permettre d’améliorer la gestion de l’héritage historique en milieu urbain, et d’en faire un moteur de développement socio-économique pour la ville et son environnement. 22 villes indiennes en sont déjà membres, ainsi que plusieurs ONG et villes ou régions partenaires en France.

Denis Grandjean, maire-adjoint de Nancy

Denis Grandjean, maire adjoint de Nancy, une des villes partenaires, a exposé le projet qui en 2005 a permis la rénovation de la place Stanislas, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO : en transformant la place en un espace piéton, la ville lui a redonné sa splendeur initiale et en a fait un lieu paisible et aéré au cœur de la vieille ville. Le spectacle de son et lumière, qui, depuis, a lieu chaque année, met en valeur les bâtiments historiques qui l’entourent et attire de nombreux spectateurs… De quoi inspirer la municipalité de Pune pour restaurer le Shaniwar Wada !

La réussite de cette première rencontre internationale conduira surement à d’autres séminaires sur le thème du patrimoine : la PMC a d’ailleurs déjà proposé de faire de cette conférence un évènement annuel… Peut-être l’occasion de mettre en place des projets concrets et des partenariats durables entre les différentes villes participantes, afin de construire ensemble un avenir à notre passé.

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Rédaction

Directeur de publication : Délégation Générale de la Fondation Alliance Française en Inde et au Népal

Rédacteur en chef : Laurent Elisio Bordier

Rédacteur/Coordinateur national : Siddharth Bhatt

Rédacteurs, contributeurs : Guillaume, Abhirami, Alexandre, Chintan, Cléa, David, Eleonore, Elie, Kanika, Karine, Nita, Thomas, Malvika, Marie-Joëlle, Meera, Mayuri, Mitushi, Alice, Prutha, Romain, Ritika, Manas, Supriya ...