Retrouvailles…

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A l’occasion de la tournée de la pièce de théâtre « Célimène et le Cardinal » dans le réseau des Alliances Françaises en Inde, nous nous sommes entretenus avec son auteur, Jacques Rampal et avons évoqué avec lui, entre autres, la genèse de la pièce lors de son passage à Bhopal le 18 décembre dernier.

Jacques Rampal est né en 1944 en Algérie. Il suit des études de philosophie à l’université de Toulouse. A 15 ans, il vend ses premières caricatures à un journal, puis s’inscrit à l’école de théâtre de La Forge de 1963 à 1968. A 23 ans, il fonde sa propre compagnie “La Grimace” dans laquelle il joue et met en scène. Il devient scénariste de bandes dessinées au journal Pilote (1970-1974) et dessinateur-scénariste aux éditions Fleurus (1970-1983). De 1985 à 1987, il signe des dessins politiques à L’Evènement du Jeudi. Il réalise plusieurs albums d’humour, dont Ces animaux qui nous gouvernent, qui remporte un énorme succès. Jacques Rampal écrit également des pièces de théâtre, notamment Célimène et le cardinal, Diogène le cynique et le nez d’Ines.

Célimène et le Cardinal

Alliance Française de Bhopal : Vous avez créé la pièce Célimène et le Cardinal en 1992 qui est une suite du Misanthrope de Molière. Pouvez-vous nous dire ce qui vous a motivé à écrire la suite d’un tel chef d’œuvre du patrimoine théâtral français?
Jacques Rampal : J’avais vu deux pièces de théâtre courtes de Jules Renard sur le thème de la rupture : Le plaisir de rompre  (1897) et Le pain de ménage (1898) jouées par Annie Duperey et Bernard Giraudeau. Parallèlement, j’avais personnellement fait des retrouvailles tardives avec une femme et l’idée m’était venue d’écrire deux pièces courtes sur le thème des retrouvailles. J”ai écrit« Le nez d’Ines » dans un premier temps puis, après avoir vu Le Misanthrope au théâtre de la Porte Saint Martin, Le retour d’Alceste qui deviendra, sous un format plus grand, Célimène et le Cardinal . Elle a été interprétée pour la première fois au théâtre de la Porte Saint Martin, avec  Ludmila Mikaël et Gerard Desarthe. Bernard Murat en a fait la mise en scène.

AFB : La critique et le public n’ont-ils pas considéré cette création comme un sacrilège vis-à-vis du chef-d’œuvre de Molière?
J.R : A part un « pisse-vinaigre » du Figaro Magazine qui taxait la pièce d’anticléricalisme, la pièce a reçu un accueil très positif tant par la critique que par le public. Personne n’a été choqué ou outré de voir la suite de ce grand classique, Ariane Mnouchkine a même dit que c’était le plus bel hommage que l’on pouvait rendre à Molière. J’en ai été très touché.

AFB : Quel  regard portez-vous sur le personnage d’Alceste? N’est-il pas le symbole d’un certain esprit français: frondeur, passionné et toujours très critique sur la société de son époque?
J.R : Alceste n’est pas seulement critique de son époque, c’est pour moi un dangereux idéaliste. Il me rappelle la citation de Kundera qui disait, en substance, que les anges désireux d’un monde idéal, sans injustice et sans misère finissent par devenir des staliniens. Cette citation fait écho à Pascal qui dit : « L’ange n’est ni ange  ni bête, qui veut faire l’ange fait la bête ».
Je pense que cette quête d’idéal, de monde parfait rend Alceste fou, complètement psychorigide et paranoïaque. Par ailleurs je ne pense pas qu’Alceste soit un archétype du français, on retrouve beaucoup de personnages semblables dans la littérature étrangère, chez Shakespeare notamment. C’est un torturé égocentrique dont les symptômes sont universellement partagés. Dans ma pièce, son accession au pouvoir va exacerber et mettre en relief ses défauts.

AFB : Quels rapports faites-vous entre la bande-dessinée et le théâtre?

Jacques Rampal, le metteur en scène avec les acteurs

J.R : Ce n’est pas si différent. Le dialogue est la base de la bande dessinée et comme au théâtre, le verbe y tient une place prépondérante. La bande dessinée est souvent considérée comme un art graphique d’inspiration littéraire qui implique, comme au cinéma, un travail de mise en scène, de cadrage et de plans. Le cinéma accorde cependant une place bien plus importante à l’image; le film The Artist en est la meilleure illustration.  Ces différents aspects sont absents de mon travail d’auteur de théâtre où seul le travail d’écriture prédomine, c’est pour moi un pur exercice littéraire.

AFB : Pouvez-vous nous parler de vos futurs projets?
J.R : Je travaille actuellement sur une pièce de théâtre : Le Nez d’Ines et sur une pièce relatant la vie du philosophe grec Dyogène qui semble intéresser un grand acteur français. A suivre…

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