Sur les traces du cheval noir

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Promenade culinaire et visuelle à Kala Ghoda : la réhabilitation progressive de ce vieux quartier au sud de Bombay l’a transformé en haut lieu incontournable de la ville qui lui consacre un festival depuis 1999. 
Bombay a désormais son « quartier Latin ». Niché dans un dédale de ruelles où branlent des câbles électriques et des panneaux à la peinture écaillée, le quartier de Kala Ghoda connait actuellement une véritable renaissance, culturelle, sociale et…culinaire. Depuis déjà 1999 se tient chaque année le célèbre Kala Ghoda festival, qui a permis aux Bombayites de se familiariser avec le quartier. Pendant plusieurs jours, chaque février, associations, artistes et échoppes gastronomiques se relaient et insufflent un courant dynamique à la place principale, ordinairement un parking. L’association Kala Ghoda, organisatrice du festival s’est d’ailleurs donnée comme objectif de préserver le patrimoine du quartier et de le valoriser. Les grandes opérations de restructuration du patrimoine ont porté leurs fruits.
Le visiteur peut aujourd’hui flâner sur les trottoirs élargis et nettoyés de Rampart Row, admirer la façade restaurée de la bibliothèque David Sassoon et se reposer dans les jardins de Horniman Circle. Certes, la fureur de la ville ne s’est pas évaporée pour autant. Mais il est désormais aisé de se réfugier dans les galeries d’art et les boutiques qui ont fleuri dans cette zone centrale, prolongation de Colaba et jouxtant Fort.

Une installation “noise” pendant le festival 2012

On croise des hommes d’affaires pressés s’échappant de la Bourse, des avocats en froc s’excitant au téléphone sur le pas de leurs bureaux victoriens un peu décatis ou des étudiants oisifs.  A deux pas, les trois vieilles dames que sont la Jehangir Art Gallery, le Chhattrapati Shivaji Museum ou la NGMA Gallery semblent approuver avec bienveillance les changements.Surplombant Kala Ghoda, l’ancien Watson Hotel, aujourd’hui la décrépie Esplanade Mansions (lire N123) domine la scène.

Watson’s Hotel, Bombay (Mumbai) – c1880’s

Car Kala Ghoda est désormais devenue le nerf central du sud de la ville, siège de nombreux restaurants et boutiques boho-chics. Si l’institution indienne Khyber est toujours présente, son voisin, Cheval *, un nouveau venu, propose un bar branché et un restaurant européen. On s’engouffre dans la rue adjacente en direction de la synagogue bleue.

Juste en face la boutique Sabyasachi, invisible du mécréant, est une caverne d’Ali Baba. Le créateur le plus en vogue de l’Inde (pensez Christian Lacroix) y laisse libre court à son imagination féconde. Chandeliers de bronze, éclairage tamisé, méridienne et service à thé en argent accueillent le visiteur dans une ambiance rouge sang, feutrée.  Broderies chargées, brocarts, dentelles, saris princiers et escarpins en soie constituent la collection éclectique de Sabyasachi. On peut y croiser l’actrice Kalki Koechlin ou les femmes d’affaires les plus en vue de la ville. Lorsque le créateur se trouve à la boutique, il dine chez Trishna, « son restaurant préféré », une institution culinaire jamais détronée, située sur la ruelle à gauche de la boutique.

Les moins voraces se contentent du succulent Kala Ghoda Café, ouvert en 2010 et vite intégré sur les listes des meilleurs cafés de la ville. Houmous, pain bio, salades imaginatives sont au menu. Farhan, le propriétaire est un francophone accompli qui a compris le potentiel de cet ancien entrepôt.

kala ghoda cafe

Rénové, relooké, le lieu accueille parfois des expositions photos. A gauche, le magasin Obataimu partage ses murs avec le café. Créée par la styliste Noorie, la boutique propose vêtements flottants et colorés et pièces d’antiquités revisitées. Un scooter jaune marque l’entrée.

On poursuite l’exploration de la rue jusqu’à The Pantry. Né en octobre 2012, lancé par les propriétaires de Woodside Inn (pub à Colaba), ce joli salon de thé sent bon les pâtisseries maisons et le pain frais. Marguerite de Lastours, récemment installée à Bombay après une école hôtelière à Lausanne, a participé à la création de la carte et gère aujourd’hui ce restaurant, très prisé pour des rendez-vous de travail et par le public féminin.« Il représente 70% de notre clientèle » précise la jeune française.

The Pantry, dont l’agencement se veut rassurant et chaleureux, mur carrelé et cuisine ouverte, joue sur la fraicheur et la qualité des produits. « Nous essayons le plus possible de travailler avec des producteurs bio locaux » souligne la chargée de projet et de développement qui recommande vivement la Tarte Tatin aux tomates  « une recette familiale », le Croque-Monsieur et le gâteau au chocolat.

The Pantry

La magie semble opérer : à 13h sonnante, la pauvre place devant The Pantry dégorge de voitures. Les impatients peuvent toujours se rabattre sur les nombreux sandwich-wallahs aux abords de MG Road, coincés entre les immuables vendeurs de stylos et de chaussettes. Mais toujours fidèles à leurs postes.

*En hommage à la place Kala Ghodaqui, en hindi et marathi signifie « cheval noir », en référence à la monture du Prince de Galles, Sa Majesté Edouard VII d’Angleterre. Une statue du roi à cheval fut érigée à l’initiative de l’homme d’affaires David Sassoon (dont la bibliothèque adjacente à la place porte le nom). Elle fut déplacée en 1965 et se trouve aujourd’hui devant le jardin du Dr.Bhau Daji Lad Museum.

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Rédaction

Directeur de publication : Délégation Générale de la Fondation Alliance Française en Inde et au Népal

Rédacteur en chef : Laurent Elisio Bordier

Rédacteur/Coordinateur national : Siddharth Bhatt

Rédacteurs, contributeurs : Guillaume, Abhirami, Alexandre, Chintan, Cléa, David, Eleonore, Elie, Kanika, Karine, Nita, Thomas, Malvika, Marie-Joëlle, Meera, Mayuri, Mitushi, Alice, Prutha, Romain, Ritika, Manas, Supriya ...