Borotalpada pour une nuit de théâtre

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Les quatre premières éditions du festival Nuit du théâtre se sont tenues à Mexico. La 5ème édition s’est déplacée en Inde à Borotalpada Santal, village tribal du Bengale Occidental tout comme la dernière édition qui a eu lieu durant la nuit du 9 février 2012.

Lecture

Pourquoi ce festival s’appelle-t-il la nuit du théâtre ? Qu’attendre d’une telle nuit ? Pour en avoir une idée, il faut se replonger dans l’antiquité grecque. Le théâtre à pour origine le culte de Dionysos, dieu du vin, de la nature des arts et de la fête. Des dithyrambes, des processions, des danses, des chants et des paroles chantées à la gloire des héros grecs, avaient lieu autour de son temple ou sur l’agora dans la région de Corinthe. A cela, il faut associer le mot bengali ‘’Jatra’’ qui signifie voyage, un déplacement d’un lieu à un autre, d’un monde à un autre peut-être ou tout simplement d’un rêve à un autre. Embarqués pour un voyage menant de la danse à la chanson, du théâtre à de la lecture expérimentale ou encore d’une installation en bambou à un documentaire. Tous ces éléments sont enchâssés,  comme dans les contes des Mille et une nuits où le mot construire se retrouve en leitmotiv.

Ce projet initié par Jean-Frédéric Chevallier (réalisateur) et Sukla Bar (coordinatrice pour une éducation alternative), commence par la construction du centre culturel Trimukhi platform à Borotalpada, qui a pour vocation de lier trois directions distinctes : l’action sociale, la recherche théorique et la création artistique. Grâce à ce chantier, des liens sont construits entre les initiateurs de ce projet et les habitants du village qui ont été dès le début impliqués dans ce fantastique voyage.  L’idée était de voir  ce qui se passe lorsque l’art contemporain et expérimental se construit à la périphérie du monde avec des populations tribales.  Construire, c’est assembler des éléments différents en utilisant des techniques appropriées. Les bâtisseurs sont ici les éléments différents à assembler, en effet tous les artistes, organisateurs et spectateurs viennent de contrées diverses, Colombie, Mexique, France, Inde etc. tandis que les techniques appropriées pour une telle construction  ne sont que le théâtre, la lecture, le chant, la danse autrement dit l’art. Construire serait donc assembler des hommes en utilisant l’art ?

Construction du centre en mars 2012

Ce fabuleux voyage passé sous une nuit étoilée du Bengale Occidental commence avec une exposition organisée par le mexicain Alessandro Orozco. A travers un atelier photo, l’artiste a invité les villageois à imaginer l’image avant qu’elle ne soit prise, à explorer comment passer d’un élément pensé à ce que capture l’objectif. Le résultat est frappant. Accostés par la suite sur la planète théâtre, où le réalisateur expérimental et metteur en scène Jean-Frédéric Chevallier nous donne un bel exemple de ce qu’est construire. Sa pièce n’est qu’un mélange d’acteur venant de tout horizon mélangeant différentes formes d’art : le théâtre, la danse, la vidéo tout en se questionnant sur le centre culturel fraichement bâti, utilisant le vide intérieur comme extérieur du bâtiment. Nos sens et sentiments sont mis à l’épreuve tout au long de la représentation. Alors que l’on a le souffle coupé par tant de beauté, nous voila littéralement attrapés et propulsés dans une installation flottante de bambou conçue et réalisée par Alessandro Orozco. La même question revient alors, qu’est-ce que construire signifie ? Une architecture que l’on trouve généralement dans les galeries des mégalopoles artistiques se retrouve propulsée ici, à Borotalpada, un centre culturel en dehors des centres. Le voyageur est invité à une pause, un moment de relâchement, de transit comme sur une aire de repos avant de reprendre la route.

Prochaine étape un documentaire sur la construction du centre culturel et sa signification est projeté sur les murs de ce dernier. Tout se confond, tout se mélange, les murs construits et les murs qui accueillent la projection ne font plus qu’un. L’effet de miroir opérant la construction fait sens.

La nuit se poursuit avec un spectacle de danse de santal et de chant, emportés par le rythme comme par le son des vagues, impossible de décrocher, le voyage est là, nous sommes loin, loin de tout.  Il est temps cependant d’atterrir dans un nouveau monde, celui de Julien Nenault scénariste et écrivain qui a voyagé depuis six ans dans les villages Adhivashi à la rencontre de peintres. Le geste d’une femme faisant mine de peindre un mur corrélé avec une vidéo d’une autre femme touchant un mur, accompagné par la lecture de textes nous plonge dans cet art éphémère, qui ne laisse aucune trace sauf celui de la performance. Le corps, l’espace et le temps sont en osmose. La construction est éphémère, elle surgit de nulle part et ne laissera aucune trace sauf celle du souvenir d’un geste, ou d’un son.

Lore Rojas, danseuse mexicaine reconnue pour sa danse fusion reprend le flambeau de ce voyage, lors d’un spectacle théâtre-danse. Une série de mouvements effectués à la perfection, à un temps donné, envoute le public qui alors communie avec la danseuse. Ne faisant plus qu’un, nous sommes plus que forts que nous n’aurions pu l’imaginer. Le voyage arrive à sa fin, mais quelle fin ! Azarak est un duo entre Sukanta Bose chanteuse traditionnelle bengalie et Alexandre Jurain musicien et compositeur qui va nous porter plus loin que nous ne l’avions été lors ce périple. Le son de l’Esraj (voleur de cœur) accompagné de la voix de Sukanta nous transporte à un stade du voyage où nous ne faisons plus qu’un avec la nature. Il est dur de poser pied à terre, de reprendre le chemin du retour après une telle évasion. Mais il en est ainsi, l’instant d’une nuit, portés par l’homme et l’art, par l’ensemble et la construction, nous avons rêvé.

 

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Rédaction

Directeur de publication : Délégation Générale de la Fondation Alliance Française en Inde et au Népal

Rédacteur en chef : Laurent Elisio Bordier

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