A la recherche du silence perdu

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Gilles Le Breton vit à Ahmedabad depuis presque un an et nous propose dans cet article une description de la vieille ville, fondée en 1411 par le sultan Ahmed Shah. Ce centre historique regorge d’intérêts patrimoniaux à tel point qu’il est inscrit sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2011. L’atout majeur de ce centre provient de sa structure basée sur des quartiers résidentiels appelés “Pols” qui se sont formés à travers une multitude de ruelles qui sillonnent l’ancienne ville. 

Les pols

Les pols

Ahmedabad, grosse ville industrielle du Gujarat est synonyme de chaleur, de poussière et d’ambiance infernale mais peut se dévoiler être une ville reposante, calme et envoûtante. Vivre en Inde depuis presque un an, fait naitre en soi des nouveaux besoins vitaux. Avoir du silence, du calme et de la paix est un luxe dans ce pays. Se sentir paisible et tranquille dans une ville indienne est chose rare. Malgré ses 6sixmillions d’habitants et son trafic urbain dense et bruyant, il existe à Ahmedabad des endroits où le calme règne.
Ahmedabad, septième ville d’Inde, est peut-être une des villes les plus agréables et les plus reposantes du pays. Bien sûr, il ne faut pas chercher la tranquillité dans la nouvelle ville, celle qui s’est déployée de manière tentaculaire autour de la vieille ville. Il faut pénétrer dans le noyau urbain d’Ahmedabad, au cœur de la ville d’Ahmed Shah, là où se trouvent les pols. Douze portes se dressent et vous indiquent les entrées de l’ancienne ville d’une surface de 550 hectares. 400 000 habitants y vivent. Autrefois, une muraille de dix kilomètres entourait l’ancienne ville mais elle fut détruite dans les années 1930.
Cette vieille ville peut paraître chaotique et repoussante aux premiers abords mais dès que l’on accède dans ces fameux pols, le calme et le silence nous entourent. L’entrée de ces « oasis de silence » se trouve aux bords des grands axes bondés de la vieille ville, comme Relief Road ou Gandhi Road. Généralement, on passe sous un porche où un tableau noir est posé servant à informer ses habitants, puis, en fonction du pol, on longe de longs couloirs d’habitations protégés du soleil ou on arrive directement dans une cour intérieure. Dans la plupart des cas, on peut souvent y trouver au centre un chabutro, une sorte de pigeonnier, ou bien un temple jaïn, hindou, une mosquée ou encore un terrain de cricket improvisé.
Dans ces « quartiers résidentiels»,  des individus de la même communauté se sont regroupés au fil des générations, en fonction de leur religion, de leur caste pour les hindous, ou de leurs activités. Dans un premier temps, ces pols étaient conçus dans un besoin de protection et étaient donc fermés sur-eux mêmes. Chaque soir, se déroulait le même rituel : un homme jouait quelques notes de musique pour annoncer la fermeture de la porte du pol.

La vieille ville

La vieille ville


Aujourd’hui, quelques pols ont conservé leur aspect d’antan et certaines maisons ont pu être restaurées notamment grâce un projet franco-indien mis en place par la mairie d’Ahmedabad et l’Ambassade de France en Inde au début des années 2000. Cependant, à l’intérieur de certains pols, des constructions modernes ont pris pied a partir des années 50 et gâchent sensiblement le paysage.
Visiter ces pols, c’est voyager dans des lieux où le temps s’est partiellement arrêté. Il existe près de 500 pols et plus de 10 000 maisons remarquables édifiées au cours des XVIII et XIX siècles.  Les façades sur rues de ces maisons sont la plupart du temps, à encorbellement, avec colonnes, chapiteaux et portes en bois sculpté. Elles sont  parfois entièrement en bois finement sculptées de motifs représentant des végétaux, des éléphants ou des divinités hindoues. On admire également la richesse des couleurs de ces façades, du bleu azur au rose bonbon, on contemple les décorations sculptées des grandes havelis. On prend plaisir à se perdre dans ce labyrinthe de calme et de fraicheur. Malheureusement, bon nombre de ces façades sont démontées puis vendues sur les marchés occidentaux comme mobilier de décoration.
L’hospitalité à l’intérieur de ces pols est fantastique, encore plus si vous possédez un appareil photo. Les habitants sont chaleureux et veulent vous faire découvrir leurs habitations. Et on y reste volontiers tant la fraicheur de ces maisons est déconcertante.  Cependant, le silence n’est pas assuré dans ces pols. Il peut arriver qu’un mini-embouteillage très bruyant se forme et que pendant deux ou trois minutes, scooters et motos s’affrontent à coup de klaxons dans ces rues étroites. Désespérant…
Mais il est clair que lorsque le soleil est au zénith et que les températures approchent des 45 degrés, les pols de la vieille ville sont les meilleurs endroits pour flâner, apprécier le calme et entendre les cris d’un écureuil tout près du chaos urbain de la capitale du Gujarat.

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Rédaction

Directeur de publication : Délégation Générale de la Fondation Alliance Française en Inde et au Népal

Rédacteur en chef : Laurent Elisio Bordier

Rédacteur/Coordinateur national : Siddharth Bhatt

Rédacteurs, contributeurs : Guillaume, Abhirami, Alexandre, Chintan, Cléa, David, Eleonore, Elie, Kanika, Karine, Nita, Thomas, Malvika, Marie-Joëlle, Meera, Mayuri, Mitushi, Alice, Prutha, Romain, Ritika, Manas, Supriya ...