Danse Danse Danse avec Diniz Sanchez

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Le danseur, performeur, chorégraphe et metteur-en-scène Diniz Sanchez vient d’animer un atelier de danse à l’Alliance Française de Panjim (Goa). Un entretien avec lui suit :

Bonjour ! Tout d’abord, pourriez-vous commencer par vous présenter ? 

Bonjour ! Je m’appelle Diniz Sanchez, j’ai 42 ans et malgré ma naissance à Lisbonne, Portugal, j’ai des ancêtres franco-algériens “pied-noir”, et ma Grand-Mère paternelle est née à Casablanca. Par mes origines, par mes études et par mes voyages professionnels je me sens plutôt un citoyen du Monde.

Je suis danseur de danse contemporaine, performeur, chorégraphe et metteur-en-scène.

J’ai commencé ma formation artistique au Portugal, à l’École Supérieure de Danse de Lisbonne et au Forum Dança, où j’ai aussi eu mes premières expériences professionnelles. Puis je suis parti en France et j’ai suivi la formation Exerce au Centre Chorégraphique National de Montpellier Languedoc-Roussillon sous Mathilde Monnier.
Après plus de 8 ans travaillant en France, mais aussi en Belgique et au Portugal, j’ai rencontré Emilio Sagi, metteur en scène d’opéra qui m’a invité à donner les premiers pas dans le domaine du théâtre lyrique et musical.

Depuis 2008 je travaille dans des productions d’opéra et de musicaux dans des Grands Théâtres internationaux (Châtelet de Paris, Opéra de Lausanne, Teatro Real et Teatro de la Zarzuela à Madrid, Teatre del Liceu à Barcelone, Teatro S. Carlos à Lisbonne, Washington National Opera, entre autres), au même temps que je continue à développer mon travail en danse-théâtre contemporaine et pluridisciplinaire sur des questions d’identité, de sexualité et de genre, thèmes qui me tiennent à cœur.

En 2010 j’ai eu ma première rencontre avec l’Inde à travers d’un stage AFDAS au Kerala, et ça a été un coup de foudre. Depuis je n’ai pas arrêté de revenir autant que je peux, d’essayer de découvrir de plus en plus cette superbe culture avec ces presque infinies manifestations artistiques, de rencontrer des artistes, des acteurs culturels, dans un riche apprentissage dont je n’aperçois pas de fin…et bien sûr de m’en inspirer pour mes créations.

Pourquoi et comment vous avez choisi le nom de scène Spicy Tutuboy?

Je peux dire que je n’ai pas choisis SPICY TUTUBOY, il m’a choisi. J’explique : en 2007 je travaillais sur une nouvelle création, dont une partie était complètement interactive – je demandais au public de choisir parmi différentes chansons, différents costumes et accessoires – et lors de la première présentation quelqu’un a choisi le tutu et des chaussures à talons, et sans que je sois conscient, à ce moment SPICY TUTUBOY était né. SPICY TUTUBOY est un hétéronyme, un alter-ego performatif qu’incorpore et exprime ces questions d’identité, de sexualité et de genre, d’une façon humoristique et avec une autocritique que moi, Diniz Sanchez, je n’arrive pas toujours à avoir.

Donc SPICY TUTUBOY n’est pas mon nom de scène : je suis toujours Diniz Sanchez, danseur, chorégraphe, metteur-en-scène d’origine portugaise. SPICY TUTUBOY est une persona performantica née à Toulouse, France, et je dirais que presque indépendante de moi, mais qui enrichi mon existence artistique.

Je sais que ça peut paraître un peu de la folie…mais qui est seulement UN ? Et se comporte de la même façon face aux diverses situations de la vie ?

Je suis une personne modérée. SPICY TUTUBOY est beaucoup plus extravagant et n’a pas de poils à la langue !

Quant au nom : peu après la naissance de SPICY TUTUBOY, j’ai eu la chance de rencontrer et travailler dans un atelier donné au Centre National de la Danse à Paris par la chorégraphe Sud-Africaine Robyn Orlin (que j’admire beaucoup, depuis que j’ai pris mon premier contact avec son travail à Montpellier), et lisant sa biographie j’ai découvert qu’elle aussi avait une certaine fixation par le tutu (jupe utilisée par les danseuses classiques), et au début de sa carrière se faisait appeler par « Wacky Tutugirl ». Donc de là est venue TUTUBOY. Ensuite, en plein développement de SPICY TUTUBOY, je suis parti en Inde : et de là vient son prénom SPICY : épicé, riche en épices, ce que décrit parfaitement le riche caractère de SPICY TUTUBOY.

On peut dire que SPICY TUTUBOY est totalement Franco-Indien !

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Vos performances mettent souvent l’accent sur des questions d’identité, de sexualité et de genre. A votre avis, pourquoi est-il important de questionner les idées reçues sur ces thèmes ?

Avec SPICY TUTUBOY traiter ces thèmes est devenu naturel – lui-même étant un questionnement sur ces thèmes : un homme qui ne cache pas sa barbe et sa pilosité corporelle, vêtu avec un tutu, parfois même portant des chaussures à talons, et qui exprime dans sa danse, dans sa présence performative quelque chose qui va au-delà des idées socialement reçues comme convenables en rapport à l’identité, aux sexualités et aux questions de genre.

Mais attention, si tout cela parait très transgresseur et provocateur, détrompez-vous : SPICY TUTUBOY traite tout cela avec une sensibilité et un sens de l’humour qui désarme les plus résistants ! Nous avons fait beaucoup d’actions performatives dans les rues, en Europe, aux USA, et plus récemment en Inde, et le bilan est tout à fait positif – bien au contraire de se faire insulter ou de se faire battre comme autant de gens autour de nous craignaient, les gens s’approchent, questionnent et à la fin sont contents d’être pris en photo avec SPICY TUTUBOY.

Et, j’espère, ils rentrent chez eux avec une idée un peu plus flexible sur ce que c’est la « normalité ».
Je pense qu’il est essentiel de questionner les idées reçues sur ces thèmes, parce que malheureusement l’être humain n’a pas une très bonne mémoire historique et se laisse manipuler par certaines tendances actuelles qui se basent sur la politique de la peur.

Comment expliquons-nous que la section 377 du Code Pénal Indien, établie par la Grand Bretagne coloniale, est encore en vigueur de nos jours ? Ce n’est surtout pas parce que l’Inde pré-britannique ne connaissez pas les pratiques sexuelles non-procréatives, comme de cela font preuve maintes anciennes écritures.

La procréation est sans doute essentielle à la subsistance de notre société humaine, mais est cela vraiment une question préoccupante en Inde, où la trop abondante démographie est plutôt un souci ?

Rappelons-nous que même la France a été un des derniers pays d’Europe occidentale à accepter le mariage entre personnes du même sexe. Et si cela a été finalement une victoire, n’oublions pas que d’avoir une sexualité ou un genre différents est encore un crime dans beaucoup de pays – notamment l’Inde.

Avant d’avoir commencé mon nouveau projet « PURUSHA IN A TUTU or Deconstructing Vidushaka », je savais de l’existence des hijras et de qu’une loi était sortie qui les reconnaissait comme 3ème genre, mais je connaissais très peu sur leur communauté et que parmi eux, il y a beaucoup que ne sont pas d’accord avec cette loi et qui la voient même comme une menace à leur statut social historique/traditionnel. Et comme celui-là je pourrais vous donner maintes d’autres exemples.

Je trouve que de nos jours nous prenons tout avec trop de pré-jugements établis par les idées reçues d’une société humaine qui veux se baser sur une homogénéité, au lieu de valoriser la différence et la diversité qui est propre à l’être humain.

Je serais heureux si en sortant de voir une de mes pièces les gens rentrent chez eux réfléchissant un peu à toutes ces questions, qui sont encore plus pertinentes actuellement, qu’elles l’étaient hier.

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Pouvez-vous nous parler de votre spectacle PURUSHA IN A TUTU or Deconstructing Vidushaka?

« PURUSHA IN A TUTU or Deconstructing Vidushaka » est le spectacle sur lequel je suis en train de travailler actuellement, qui aura sa première résidence de création collective (avec toute l’équipe qui se réunira pour première fois en Inde) entre Décembre 2016 et Janvier 2017, et qui, nous espérons, fera partie d’une tournée dans les Alliances Françaises de l’Inde et du Népal, dans le premier semestre 2017.

Ce projet réunit neuf artistes de différentes origines : Riya Mandal, indienne, danseuse et chorégraphe de danse contemporaine ; Fatima Martín, espagnole résidant en Inde, architecte spécialisée dans le travail du bambou ; Carolina Prada, colombienne résidant en Inde, danseuse d’Odissi et de Chhau ; Swarup Dutta, indien, photographe et scénographe ; Uddalak Pal, indien, facilitateur-entrepreneur en praxis et théorie de l’Art, Culture et Esthétique ; Gilles Chuyen, français résidant en Inde, danseur et chorégraphe ; Fabio Bergamaschi, italien résidant en Suisse, danseur contemporain ; Ludovic Lezin, français, danseur contemporain ; et moi-même.

La rencontre de tous ces artistes, qui j’ai connu à différents moments de mon parcours, stimulera ce questionnement sur les thèmes d’identité, sexualité et genre, avec des points de vue assez diverses, comme l’identité de chaque artiste participant, apportant des expériences indiennes, européennes et mondiales à ce spectacle.

Nous voulons entamer un dialogue qui mènera la recherche de la création de cette pièce, et la partager avec notre public.

Le spectacle est en pleine création en ce moment : nous venons de commencer des répétitions à Delhi, avec tous ceux qui en sont, autour de l’expérimentation avec des bambous, comme élément scénique qui peux donner origine à du mouvement. Mais le plus gros se fera dans la résidence de Décembre-Janvier, quand toute l’équipe sera réunie.

Nous voulons travailler sur des concepts totalement indiens comme « Ardhanarishvara » « Purusha », « Vidushaka », entre autres, et les faire résonner dans notre monde contemporain, même dans les perspectives plus occidentales – c’est pour cela que l’équipe est composé par un mélange de nationalités et disciplines. Les Indiens qui apportent leur propre culture, les européens qui apportent la vision occidentale et ceux qui, comme moi, sont entre les deux, nés ailleurs mais ayant choisie l’Inde comme leur « chez-soi ».

Je suis très excité par ce projet et je suis sûr que le processus sera extrêmement intéressant et riche et que cela donnera un spectacle original, pertinent et très actuel.

Encore une fois ça me rendrait heureux si en sortant de voir le spectacle « PURUSHA IN A TUTU or Deconstructing Vidushaka » le public rentrait chez soi réfléchissant un peu à toutes ces idées et concepts.

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Pour votre atelier à l’Alliance Française de Panjim (Goa), vous avez utilisé des pas et des mouvements de ballet classique pour enseigner et faire utiliser le vocabulaire de ce type de danse de manière ludique. Comment s’est passée cette expérience ?

Très bien : c’est la deuxième année que je fais ce genre de stage à l’Alliance Française de Panjim, et je suis très reconnaissant à la nouvelle directrice Charlyne Weiss d’avoir très bien accueilli ma proposition de refaire cette année cet atelier.

J’ai eu deux groupes d’élèves, le premier des enfants et le deuxième des adultes, tous des débutants. Je pense qu’après cette semaine d’initiation ils auront un peu plus une idée de ce que s’est le ballet classique (qui ne peux pas s’enseigner dans une semaine) – comme les danses classiques indiennes, qui demandent un minimum de 8 années d’études.

Mais je suis ravi d’avoir pu partager ma connaissance de cette danse (je ne suis pas un danseur classique – mais le ballet a été une grande partie de ma formation), et j’espère un peu aussi la sensibilité, la grâce, mais aussi le grand effort et concentration qu’il faut pour pratiquer cette danse. Mais bien sûr avec du plaisir et de la bonne humeur aussi, puisqu’il s’agit aussi de cela. Mon principal objectif est de transmettre que : la danse est générosité !

Les retours ont été assez positifs, et plusieurs parents d’enfants m’ont demandé si je pouvais assumer un cours régulier, puisque les petits aimeraient bien continuer les cours. Comme je ne suis pas basé à Goa, je leur aurais proposé de poser des demandes auprès de l’AF pour voir la possibilité de faire des stages mensuels… la porte reste ouverte.

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Pour conclure, comment s’est passé votre séjour à Panjim (Goa) ?

Bien, merci ! C’est toujours un plaisir de revenir à Panjim/Goa, même si je viens presque toujours pour du travail, donc je ne connais pas vraiment la Goa des fêtards 😉

Cette fois c’était un peu plus dur pour moi puisque pour des raisons budgétaires j’ai dû rester chez des amis à Caranzalem (20 minutes en bus depuis Panjim) et surtout faire un très long voyage en train (Delhi-Goa-Delhi), étant un peu malade. Mais ceux-ci sont seulement des détails qui ne ternissent pas le bilan très positif des ateliers.

En plus je suis en étroit contact professionnel avec Charlyne Weiss à propos du projet « PURUSHA IN A TUTU or Deconstructing Vidushaka », que Charlyne présentera à la prochaine réunion de programmateurs des Alliances Françaises en Inde et au Népal, et aussi par rapport à d’autres activités qui pourraient se développer autour de ce projet, donc j’espère de continuer ma collaboration avec l’Alliance Française de Panjim et, qui sait, aussi avec d’autres Alliances Française en Inde, avec qui j’essaye d’établir contact et de possibles futures relations culturelles et artistiques.

Siddharth Bhatt

AF Magazine Inde-Népal

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Rédaction

Directeur de publication : Délégation Générale de la Fondation Alliance Française en Inde et au Népal

Rédacteur en chef : Laurent Elisio Bordier

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