Environment and Waste Management in India : A burning debate !

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Dès le 30 novembre prochain, la France accueillera et présidera 21e Conférence des Parties de la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques, plus connue sous le nom de “COP 21″. Cette échéance, dont l’objectif est d’aboutir à un nouvel accord pour limiter le réchauffement climatique en deçà de 2°C, représente un enjeu crucial pour l’ensemble de la communauté internationale.

Troisième pays émetteur de gaz à effet de serre, l’Inde aura un rôle de première importance dans ces négociations et dans la lutte contre le changement climatique. Le défi est de taille pour ce pays à la démographie galopante en pleine expansion économique, très régulièrement à la traîne dans les classements internationaux liés à l’environnement.

11329891_10154029736076002_6969878664411080717_nSi de telles initiatives internationales sont fondamentales pour relever ce défi, il est tout aussi important d’amener ces enjeux dans le domaine public, de faciliter et de démocratiser les échanges d’idées entre ONG, volontaires et citoyens. C’est dans cette perspective que l’Alliance Française de Bombay, France Volontaires et Planète Urgence ont organisé une conférence-débat dédiée aux questions environnementales et à la gestion des déchets en Inde. Cette initiative a réunit Jyoti Mhapsekar (représentante de l’ONG Stree Mukti Sanghatana) et Nawneet Rajan (entrepreneur social et fondateur de Dharavi Diary), présentant leurs approches et expériences au sujet des problématiques et enjeux climatiques. Dilip D’Souza (écrivain et journaliste) a joué le rôle de modérateur de ce brûlant débat.

Les trois intervenants étant basés à Mumbai, la conférence s’est logiquement orientée vers cette ville surpeuplée et étendue; un véritable défi en termes de gestion de déchets. Mumbai produit quotidiennement plus de 7 tonnes de déchets de toutes sortes, représentant un défi considérable pour les autorités locales. La Municipal Corporation of Greater Mumbai (MCGM), actuellement en charge de la collection et du traitement des déchets, se trouve chaque jour un peu plus submergée par ce raz de marée d’ordures. Les trois déchetteries de la ville ne suffisent pas à la gestion des déchets mumbaikars. En effet, l’extension constante et l’organisation de la ville génèrent d’importants coûts de transport, la décharge la plus proche de South Mumbai étant située à plus de 30km. De plus, la vertigineuse croissance démographique entraîne l’installation de populations de plus en plus près de (si ce n’est pas dans) ces déchetteries, impliquant de graves problèmes sanitaires. Face à cette situation, un important réseau informel s’est développé, triant et revendant ou troquant papiers, plastiques et autres métaux. Cette nouvelle industrie a l’avantage de réduire considérablement la quantité de déchets recyclables transportée vers les déchetteries, et de participer à la protection de l’environnement.

En effet, si la gestion des déchets est un défi à Mumbai, elle constitue un enjeu crucial. Les citoyens doivent en prendre conscience, et vite. Alors que l’environnement est encore loin d’être une priorité pour nombre d’Indiens, cette problématique se trouve pourtant au cœur des dynamiques liées aux conditions d’hygiène et de santé, à la qualité du logement et de l’habitat. La sensibilisation de la population et la réalisation d’actions concrètes de long terme est une étape absolument inévitable pour l’Inde.

Dans cette perspective, l’approche développée par Nawneet Rajan au sein de l’association Dharavi Diary est exemplaire. Des sessions de discussion au sein de la communauté permettent de dégager les principales préoccupations des habitants du bidonville, et de dessiner des solutions concrètes pour améliorer leurs conditions de vie.  La relation à l’habitat et à l’environnement est apparue comme un enjeu central dans la vie quotidienne des habitants de Dharavi. Pour faire face à ce problème, un groupe de filles a participé à la création d’une nouvelle application permettant à tous de signaler les déchets, afin de faciliter le travail des ramasseurs. Le “Recycle Design workshop”, visant à sensibiliser les habitants de Dharavi au recyclage des déchets par le biais d’ateliers de recyclage créatif est un autre exemple de réussite. Les objets créés en réutilisant tissus et plastiques de toutes sortes peuvent ainsi être vendus et constituer une source de revenus. De part de tels projets, l’intégralité de la communauté se voit ainsi sensibilisée et responsabilisée quant à son rôle dans le changement environnemental.

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D’autres initiatives partagent ces objectifs. L’ONG Parisar Vikas a développé le programme “Stree Mukti Sanghatata”, fournissant une structure aux femmes et adolescents défavorisés, ramassant, triant et recyclant les déchets. L’objectif de ce programme est à la fois de motiver et d’impliquer les populations des bidonvilles dans la protection de leur environnement par des incitations financières et ainsi d’améliorer durablement leurs conditions sanitaires.

Le débat engagé à la suite de la conférence s’est concentré sur les solutions concrètes à entreprendre, et ce à tous les niveaux d’action. En effet, pour initier un changement durable concernant notre impact sur l’environnement, il est important de considérer la complémentarité des actions personnelles, de la sensibilisation et de la responsabilisation tout autant que les projets institutionnels et accords politiques de plus grande ampleur.

A l’échelle de l’individu, réduire ses déchets, recycler et réutiliser constitue un tournant décisif dans nos modes de consommation. Si la Municipal Corporation of Greater Mumbai est submergée par la quantité de déchets produite chaque jour, réduire au maximum sa production personnelle d’ordures participerait à améliorer la situation. En effet, la MCGM dépense environ 30% de son budget en transport et les économies générées par la réduction de déchets pourraient être employées à développer de nouvelles initiatives écologiques. De plus, il est primordial de réutiliser, donner une nouvelle vie aux objets usagés afin de lutter contre le gaspillage. Emmener un sac réutilisable pour aller faire ses courses un bon exemple d’habitude facile et économique à adopter, alors que des quantités phénoménales de sacs plastiques sont distribués chaque jour à Mumbai. Le recyclage est également un geste simple permettant de réduire le volume des déchets et de préserver les ressources naturelles en réintroduisant les matériaux utilisés dans le cycle de production. Les déchets organiques peuvent être utilisés en compost et les autres triés et distribués aux ramasseurs.

Toutefois, toutes ces modifications résultent d’une évolution des conceptions et des comportements qui nécessitent du temps et de la volonté. En effet, les mentalités peinent encore à évoluer et il reste dans la norme de jeter son emballage de biscuits par la fenêtre du train. De plus, malgré leur rôle fondamental dans la communauté, le travail des ramasseurs de déchets demeure marqué par l’héritage de la structure de caste et souffre d’un grand manque de considération. Cette nécessaire prise de conscience doit être initiée dès le plus jeune âge, et diffusée dans toute la société. L’éducation et les programmes de sensibilisation jouent ainsi un rôle crucial dans cette réalisation et sont nécessaires à la réussite de projets politiques de plus grande ampleur telle que la COP 21.

Il est également indispensable que toutes ces initiatives soient supportées et coordonnées au niveau politique, et ce de manière active et effective. Si la municipalité de Mumbai essaye d’enrayer l’usage des sacs plastiques depuis plusieurs années, il suffit de regarder l’état des plages de la ville pour réaliser l’étendue de l’échec de cette mesure. La lutte contre les changements climatiques doit devenir une priorité dans les agendas politiques si l’Inde veut poursuivre son développement. En effet, la croissance indienne fait régulièrement office d’excuse quant à la situation environnementale actuelle. Pourtant, développer l’économie et protéger l’environnement sont loin d’être des combats incompatibles. Et si l’Inde semble progressivement prendre conscience de sa déplorable situation et montrer une volonté de changement de plus en plus vive au regard de ces problématiques, il est temps de passer à l’action. Si les objectifs de l’Inde sont ambitieux pour la COP21, les attentes sont élevées quant à leur mise en œuvre, au-delà des beaux discours. Et pour finir avec les mots de Ms. Jyoti Mhapsekar, “que l’environnement soit sexy ou non, tout le monde doit mettre sa pierre à l’édifice !

Alice Guillermier

Communication et coordination culturelle à l’Alliance Française de Bombay

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Rédaction

Directeur de publication : Délégation Générale de la Fondation Alliance Française en Inde et au Népal

Rédacteur en chef : Laurent Elisio Bordier

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