L’Alliance la plus haute du monde (ou presque)

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L’Afmagazine poursuit sa série de présentation de toutes les annexes des Alliances Françaises en Inde : cette fois-ci, focus sur l’annexe de l’AF de Chandigarh, un centre pas comme les autres. En effet, la toute jeune annexe de Leh, dans l’état du Ladakh, est perchée à plus de 3500 mètres d’altitude dans l’Himalaya. La petite bande de nos professeurs de FLE, (Gaëlle, Loup, Pascal et Nilsa, enseignante Ladakhi, au sens pratique indispensable) est heureuse de partager ses impressions et nous donne des nouvelles fraîches des montagnes.

Loup, Nilsa, Pascal et Gaëlle

Loup, Nilsa, Pascal et Gaëlle

Il fait -8° et le soleil se lève sur Leh. Dehors, un petit nuage de fumée fait écho à chacune de nos respirations, comme un fragile fantôme de chaleur livré à la dissolution de l’air glacé. Marcher impose de ralentir le pas afin d’absorber le peu d’oxygène que l’air froid et l’altitude hésitent à partager. L’annexe de Alliance française, enfin atteinte, nous offre à voir le palais médiéval de Leh, monolithe calme et imposant surplombant la ville à flanc de falaise. Perché encore un peu plus haut, comme un gardien bienveillant, le pierreux dédale d’un petit monastère se perd dans une folle perspective. Un demi-tour sur nous-mêmes et l’humilité nous gagne – c’est une chaîne de sommets enneigés, gigantesques, sublimes, roses avec la lumière matinale qui nous y incite.
Le froid est stratégiquement combattu afin d’obtenir ce qui ailleurs relève du confort élémentaire. Comme tous les hivers, l’eau courante finit trop tôt sa course pour cause de gel. Se brosser les dents demande de l’organisation et prendre une douche relève de la tactique militaire. Mille actes auxquels on ne pense jamais, comme ouvrir un robinet ou allumer la lumière, sont soudain objets de calculs très conscients. Curieusement, cela fait du bien. Il y a quelque chose de satisfaisant dans le fait d’être à l’origine d’un confort inventé. Une fois adaptés au chauffage quelque peu rudimentaire du bâtiment de l’Alliance française, nous sommes enfin à même de donner nos cours de français. Nous en assurons pour le moment cinq par jour, une nouveauté en ce lieu. Au-delà des cours, il y a ce sentiment d’appartenance à un jeune projet qui ne saurait grandir sans l’énergie de ses éléments.

Quelle est réellement cette région qui nous accorde, sans l’avoir demandé, bien gentiment son hospitalité ? Il s’agit d’un petit bout de désert froid, niché à 3500m d’altitude, et dont les cultures pour le moins diverses nous enveloppent sans cesser de nous fasciner. Dans les rues de notre ville, capitale pour le moment très heureusement vide des milliers de touristes estivaux dont nous appréhendons un peu l’invasion, se déploie le spectacle de religions vivant ici en paix, alors qu’ailleurs…aussi l’immense temple bouddhiste, deux mosquées, l’une sunnite, l’autres chiite, ainsi qu’une minuscule église chrétienne d’ancestraux Moraves, cohabitent dans la tranquillité. Ainsi peut-on entendre, en certaines heures privilégiées, l’appel mélancolique des muezzins répondre aux infinies psalmodies des moines en robe safran.

C’est que cette ville se trouve malgré elle au centre d’un triangle historique de trois gigantesques civilisations : la Chine (dont la frontière ici est avec le Tibet, une zone « tampon » et instable, pour les raisons bien connues), l’Inde, et le Pakistan, chacun convoitant les lieux et ses nombreux glaciers mais malgré l’omniprésence de l’armée, le Ladakh est loin d’être un champ de bataille. C’est au contraire un exemple de multiculturalisme réussi. Les religions et les peuples s’y côtoient tissant les liens d’un climat favorable au développement. Les grandeurs du Ladakh, ce ne sont pas seulement les paysages, ce sont aussi les hommes. De la même façon, à l’Alliance Française, ce sont des hommes que nous voulons réunir, par-delà les incompréhensions des cultures et des langues.

Il apparaît donc que le contexte de notre mission est des plus agréables en dépit du froid auquel nous nous habituons, et que parfois nous oublions. Le bouche à oreille a honoré notre « Alliance d’altitude » d’une grande diversité d’apprenants aux motivations variées. Ainsi, parmi nos 23 étudiants, une femme médecin apprend notre langue dans l’espoir de rejoindre les rangs d’une grande ONG française. Un haut-gradé de l’armée souhaite pour sa part intégrer grâce à de nouvelles compétences linguistiques une grande organisation internationale. Deux personnes d’âge respectable, au charme incomparable, désirent simplement apprendre notre langue par goût seul de son accent, doux à leurs oreilles, nous disent-elles. Bien sûr, il y a aussi quelques guides, expérimentés, qui ont su conquérir des sommets de plus de 6000 mètres, imposant ainsi le respect. De jeunes lycéens complètent notre panel. Nos salles de cours, plus proches avant notre arrivée de chambres froides et vides, sont désormais réchauffées par des hommes et des femmes qui nous font aimer notre métier.

Une classe avec Gaëlle

Une classe avec Gaëlle

Nous formons à quatre une petite équipe soudée et enthousiaste. Nilza, notre intendante Ladakhi, présente ici depuis le début de cette aventure himalayenne amorcée en 2011, est notre « Logisticienne en chef ». Elle nous concocte des petits plats régionaux, se charge d’approvisionner l’Alliance française en bois, en eau, et chasse sans se lasser le technicien  qui saura un jour peut-être faire en sorte que notre générateur fonctionne plus que trois jours d’affilée, la norme pour le moment. Trois « jeunes » enseignants (si ce n’est d’âge, c’est au moins d’esprit) appliquent leur bonne humeur à faire parler français ce petit monde hétéroclite lors de cinq cours quotidiens. Trois enseignants, donc, qui en guise de défi supplémentaire devraient d’ici peu commencer la réalisation d’un court-métrage. Avec nos étudiants nous travaillons actuellement à l’élaboration du scénario et des dialogues. La multitude d’autres projets, que nous dévoilerons avec le temps, nous permet d’envisager une  présence sur le long terme, l’authenticité des lieux, et surtout de ses habitants, nous y invitant. Au Ladakh, donc, nous nous y sentons bien.

 

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Rédaction

Directeur de publication : Délégation Générale de la Fondation Alliance Française en Inde et au Népal

Rédacteur en chef : Laurent Elisio Bordier

Rédacteur/Coordinateur national : Siddharth Bhatt

Rédacteurs, contributeurs : Guillaume, Abhirami, Alexandre, Chintan, Cléa, David, Eleonore, Elie, Kanika, Karine, Nita, Thomas, Malvika, Marie-Joëlle, Meera, Mayuri, Mitushi, Alice, Prutha, Romain, Ritika, Manas, Supriya ...