Lost Highway

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Festival of France

Chantal Stoman présente son travail du 12 au 18 mars dans le cadre du festival Bonjour India, à Studio X Mumbai. Discussion avec une photographe dont le chemin longe les voies rapides.

Vous avez débuté dans le monde de la mode. Quel est l’élément qui vous a amené à travailler sur le monde urbain, le reportage visuel au-delà de l’expression artistique ou esthétique que pouvait procurer la mode ?
J’ai en effet travaillé pendant de nombreuses années dans ce milieu et mon travail était reconnu. Mais j’ai commencé à me lasser de cet univers où l’aspect esthétique de l’image primait sur le contenu. J’ai eu envie d’approfondir le contenu au-delà de l’image, d’aller plus loin dans la réflexion. J’ai eu aussi envie de me consacrer à des projets

Lost Highway by Chantal Stoman

Lost Highway - a photo project by Chantal Stoman

personnels où je pouvais passer du temps, car dans la mode, on travaille dans l’immédiat. J’estime qu’un projet artistique se conduit dans le temps, il faut pouvoir développer une certaine maturité autour du projet. C’est lors de mon premier voyage au Japon que j’ai réalisé pouvoir effectuer une transition entre mon travail de l’époque et mon envie d’aller plus loin dans la photo. J’ai réalisé une série intitulée Woman Obsession qui observait la relation de la femme japonaise avec le monde du luxe. Cela a, en quelque sorte, bouclé la boucle de mon histoire avec la mode. Le projet a connu un beau succès, un livre a été publié et les tirages sont à la BNF [bibliothèque nationale de France, ndlr]. Ce fut révélateur et aujourd’hui ma démarche est uniquement artistique.

Il semble que ce fut à Tokyo aussi que vous avez développé le projet « Lost highway ».Quelle a été l’origine de cette démarche ?
J’avais remarqué à quel point il était difficile de pénétrer l’univers intime des Japonais, de le comprendre. Par hasard, je voyageais sur un fly-over avec un ami en voiture à Tokyo quand j’ai remarqué que l’on discernait très bien la vie à travers les fenêtres des habitations qui longeaient la voie. J’ai pu voir ce qu’on ne voit pas d’habitude en tant que simple visiteur, même si l’on a des connaissances dans le pays. L’idée de ce projet est devenue Lost Highway, ce fut une une évidence…. Puis en 2009, j’ai exposé à la Nuit Blanche à Paris à la station Chatelet où les clichés étaient projetés pendant cinq semaines. Cela m’a persuadé d’aller plus loin et j’ai eu envie d’explorer d’autres grandes villes du monde, sur des continents éloignés, où existent des fly-overs et où les villes présentent des similitudes. C’est l’essence de mon projet : pour moi ces villes offrent un pluriculturalisme fort, composé de mélanges de cultures et d’habitants.

« Il n’y a qu’une nuit, il n’y a qu’une ville, il n’y a qu’une seule route. » Vous mêlez des images de villes parfois irréelles ou futuristes prises de nuit avec peu d’humain. Qu’évoque la « ville » pour vous ?
Au contraire, pour moi chaque carré de lumière est une vie humaine. Dans la ville nous sommes tous une infime partie, où l’individualité de chacun est difficile à percevoir. Mais dans mes clichés il y a toujours une silhouette qui se détache, même floue. Dans la ville, la vie est sousjacente, pas absolue.

 Lost Highway by Chantal Stoman

Lost Highway - a photo project by Chantal Stoman

Le Caire, Sao Paulo, Tokyo, Mumbai, Hong Kong : une ville vous a-t-elle plus marquée ?
Pas vraiment car chacune pour moi a été une expérience différente ou a évoqué en moi un sentiment différent. Mais Tokyo a peut-être une place particulière car ce fut une révélation personnelle et professionnelle. A Mumbai ce qui a été formidable ce fut l’accessibilité aux personnes, chez elles. Toutes ces fenêtres ouvertes…

Vous dites dans le petit film « Bombay » en ligne sur votre site, que vous vous sentez parfois « voyeuse ». Quelle est la frontière entre l’oeil du voyeur et celui du voyageur ?
Je ne me sens pas voyeuse dans le sens où je regarde quelque chose qui ne me serait pas permis. Mais plutôt quelque chose qui ne me serait normalement pas possible en tant qu’étrangère.

Quels sont vos prochains projets ?
Je serais à Rome au printemps 2013 en résidence à la Villa Médicis où je vais travailler autour de la religion, projet auquel s’associera un dialogue avec le formidable Erri De Luca.

Lost Highway : “There is only one night, there is only one city, there is only one road.”

Along the Highway, the night is passing by. Insomniac and fragile. Made invisible by the metal shell and the speed of my vehicle, I invite myself where I have not been invited. Protected by the discretion of the night, in a flash moment I surprised these people inside their home. I dine at their table, I watch their TV, I sleep in their bed. Suddenly, their intimacy so rare and precious is simply offered to me. As a silent invitation, I am with the Other. I watch my intimate Anonymous. They are much more than the story that contains them. They are these millions of solitudes which forms the heart of the cities.
In Tokyo or Cairo, in Sao Paulo or Hong Kong, but more than ever in Bombay and Calcutta, I begin a dialogue, in the heart of the night. As in a ring, I get up on this Highway, to seize these samples of life. These photographs, in black and white, taken on the fly, from the flyover which crosses the city. Against the lazy night, in suspense, a multitude of lighted windows, like so many promises. They reveal micro worlds: simple or overloaded, overflowing or solitary, this “je ne sais quoi” I am looking for along the highways. Lost Highway tells this part common to all great cities, where borders no longer exists. Families are of the same love, loneliness of the same muted violence, wait of the same slowness: all same sighs of a universal language. There is only one night, there is only one city, there is only one road.”

Artist Statement

Lost Highway, Chantal Stoman, du 12 au 18 mars, festival Bonjour India, à Studio X Mumbai, Kitab Mahal, Fort. Organisé par l’Alliance Française de Bombay et Studio X, en collaboration avec ICCR, l’Ambassade de France en Inde, Institut Français en Inde.

 Site http://www.chantalstoman.com

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Rédaction

Directeur de publication : Délégation Générale de la Fondation Alliance Française en Inde et au Népal

Rédacteur en chef : Laurent Elisio Bordier

Rédacteur/Coordinateur national : Siddharth Bhatt

Rédacteurs, contributeurs : Guillaume, Abhirami, Alexandre, Chintan, Cléa, David, Eleonore, Elie, Kanika, Karine, Nita, Thomas, Malvika, Marie-Joëlle, Meera, Mayuri, Mitushi, Alice, Prutha, Romain, Ritika, Manas, Supriya ...