Stromae, alors il chante

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Article précédemment publié dans Le Français dans le Monde, écrit par Edmond Sadaka. C’est l’artiste du moment. Grand vainqueur des dernières Victoires de la Musique, Stromae enthousiasme tout le monde : jeunes, moins jeunes, artistes ou médias, qui vont jusqu’à parler d’un nouveau Jacques Brel…

C’était il y a quatre ans, en juin 2010 : un jeune Bruxellois du nom de Stromae publiait son premier album, Cheese. Un disque électro d’où se détachait un titre (sorti en « single » quelques mois plus tôt) intitulé « Alors on danse », racontant l’histoire d’un employé de bureau vivant dans le stress et ayant besoin de s’évader : « Qui dit étude dit travail / Qui dit argent dit d épenses / Qui dit crédit dit créance / Alors on sort pour oublier tous les problèmes / Alors on danse ».

La chanson (parue fin 2009) se vendra à plus de trois millions d’exemplaire. Elle a endiablé les ondes et les boîtes de nuit pendant des mois et s’est classée en tête des ventes non seulement en Belgique et en France mais dans une quinzaine de pays dont l’Allemagne, la Suisse ou le Québec. Pour le critique rock français Yves Bigot (Le Monde, août 2013), « Stromae a cette capacité de produire des textes chargés sur des musiques joyeuses, ce qui est le  principe imparable du rock ». En février 2011, l’artiste est récompensé aux Victoires de la Musique françaises dans la catégorie « Meilleur album de musiques électroniques/dance ». De quoi donner le sourire. « Cheese… »

Un Belgo-Rwandais…

Stromae (Maestro en verlan) s’appelle en réalité Paul Van Haver. La famille Van Haver compte cinq enfants, une fille et quatre garçons. Né d’un père rwandais et d’une mere flamande, le jeune homme est dote d’un physique et d’une apparence qui sortent de l’ordinaire : grand métis d’1,90 m à l’allure dégingandée, il possède de magnifiques yeux gris-vert. Côté vestimentaire, de sa carrière : costume et noeud papillon assorti, chemises à motif de papier peint et mocassins colorés…

Lors de la remise des Victoires de la Musique, au Zéntih de Paris, en février dernier.
Lors de la remise des Victoires de la Musique, fev.2014
 Après le raz-de-marée d’« Alors on danse », il aurait pu rester l’homme d’un seul tube. Il se savait attend au tournant. L’histoire ne faisait en réalité pour lui que commencer. Pendant de long mois et en toute discréation, il prépare son second album. Il aménage dans son grenier un petit studio où il bricole ses compositions. Il lui suffit d’un mini-clavier, d’un microphone et d’un ordinateur portable. Enfin, en mai 2013, il annonce sur sa page Facebook la sortie du titre « Papoutai » extrait du prochain disque. La chanson est disponible mi-mai en version numérique. Il s’y s’interroge sur le rôle de père, le sien ayant été très souvent absent (il a appris sa mort lors du génocide rwandais en 1994). « Tout le monde sait comment on fait des bébés / Mais personne ne sait comment on fait des papas », chante-t-il. « Où t’es Papa, Où t’es ? » deviendra l’un des grands refrains de l’été.
… aux racines carrées

Stromae

Stromae

Quelques jours plus tard, sur You-Tube, vont circuler des vidéos amateurs où Stromae apparaît ivre, en train de déambuler dans les rues de Bruxelles. Il apostrophe plusieurs passants qui souvent le reconnaissent et s’empressent de le filmer avec leur téléphone portable. Ces vidéos amateurs vont faire le « buzz ». Beaucoup d’internautes se moqueront de ce chanteur visiblement à la dérive. Le coup de théâtre viendra trois jours plus tard : toujours sur Internet, Stromae dévoile le clip de son nouveau morceau intitulé « Formidable ». Il y interprète le rôle d’un homme ivre, plaqué par sa petite amie. On retrouve les mêmes images que celles tournées par les passants, mais en caméra cachée, avec un autre angle de prise de vue. Tout était mis en scène : Stromae n’était pas ivre, il interprétait un homme abandonné noyant son chagrin dans l’alcool. Mais en caméra cachée, c’est le voyeurisme ou  l’indifférence des passants qui est souligné. « Je ne leur en veux pas, j’aurais sans doute fait pareil », confiait-il au Parisien en juillet 2013. Stromae a en tout cas doublement réussi son pari : les médias se sont fait piéger et le clip de « Formidable » a été vu quatre millions de fois en une semaine.
Racine carrée, c’est le titre de l’album dont est issue cette chanson déjà culte. Sur la pochette, il pose de profil, coupe au bol. Les textes sont pessimistes : il y est question de la violence des rapports amoureux (« Tous les mêmes »), du sida (« Moules Frites »), du cancer (« Quand c’est »). Dans ce dernier titre, il s’adresse au crabe comme à un humain. Il détourne aussi l’air de Carmen de Bizet pour un tableau sévère des réseaux sociaux et leurs cortèges de fausses amitiés. Sa grandiloquence, son charisme et son accent belge font penser au « Grand Jacques ». Brel, la référence. Les musiques – électro, dance, rap, rumba congolaise ou airs caribéens – contrebalancent la noirceur des thèmes et appellent à faire la fête. L’album est un énorme succès, qu’il accueillera avec recul, comme aux dernières Victoires de la Musique (Meilleur artiste masculin, Meilleur album de l’année et Meilleur clip vidéo pour « Formidable »), en février à Paris, où il a tenu à associer l’ensemble de ses collaborateurs à sa réussite.

Fort de plus de 1,5 million d’albums vendus à ce jour, Stromae a débuté au printemps 2014 une tournée en France avec un passage dans la capitale française en avril dernier. Quatre dates ont dû être ajoutées à la tournée prévue en novembre prochain, dans l’immense Palais Omnisport de Paris-Bercy, pour satisfaire à la demande. Mais où s’arrêtera Stromae ?

Par Edmond Sadaka

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