Duras m’a donné ma voix théâtrale

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Festival of France

Eric Vigner a consacré sa vie et son travail depuis dix ans à l’œuvre de Marguerite Duras. En Inde durant le festival Bonjour India, il met en scène Gates to India Song, pièce de théâtre fondée sur le roman Le Vice-Consul et sur le film India Song de Marguerite Duras. Entretien avec Cléa Chakraverty. 

Eric Vigner

 Quelle a été votre première rencontre avec l’œuvre de Marguerite Duras ? Vos premières lectures ?

E.V : C’est assez tardivement en fait que j’ai connu son travail. En 1993 je travaillais avec des jeunes de l’atelier du conservatoire d’arts dramatiques de Paris et je cherchais un texte. J’avais 33 ans, j’étais comme tout le monde et n’avait pas vraiment lu Duras, j’avais tous les a priori que l’on peut avoir sur elle. Ma sœur elle, avait une passion pour Marguerite Duras et m’a proposé de regarder dans sa bibliothèque. J’ai choisi Pluie d’été qu’elle avait écrit en 1991. Le livre est traversé par différentes écritures, c’est un conte philosophique incroyable. Elle l’avait travaillé pour les enfants, pour la BD, puis le cinéma. Je me suis ainsi inscrit en prolongement de son travail en le mettant en scène.

Savannah Bay par Eric Vigner et Marguerite Duras

Comment a –t-elle bouleversé votre travail ?
E.V : Ce fut un choc fondamental dans mon travail. Elle a défini les bases de mon travail et éclairé la grammaire de mon approche théâtrale, définissant mon écriture, ma voix théâtrale. Après Pluie d’été qu’elle avait particulièrement apprécié, elle m’a donné l’autorisation d’explorer Hiroshima mon amour. J’en ai fait Pluie d’été à Hiroshima. Je ne peux plus m’arrêter, son travail m’exalte, Marguerite Duras c’est un peu ma drogue. Avec Gates to India song je vais à la rencontre d’une réalité et du processus d’écriture des sons de Marguerite Duras.

Vous  évoquez parfois l’orientalité de Marguerite Duras dans son oeuvre mais aussi dans sa vie. Peut-on, selon vous aussi parler d’orientalisme?
Eric Vigner : Non je ne crois pas. Marguerite Duras est quelqu’un qui est emprunt d’une double culture, asiatique et européenne. Elle est née en Indochine, a évolué naturellement dans ce monde et a été confrontée à une certaine culture orientale.

Marguerite Duras n’a jamais été en Inde : quelle est cette Inde qui la préoccupe et qu’elle décrit sans l’avoir jamais vu ?
E.V : Je pense que Marguerite Duras était justement une visionnaire au sens propre du terme. Elle a visionné l’Inde, et décrit cette vision. Elle rêve sur des sons, des noms, associe ces noms et des éléments. Elle évoque Lahore, la dépression, le noir de la nuit…en contraste avec le potentiel de renaissance par l’amour que son personnage va découvrir à Calcutta. Le passage de Lahore à Calcutta existe dans son livre alors qu’il n’est pas réel, il n’a aucune consistance géographique mais il existe pour elle. On prend des mots, on les remplit, on crée une histoire. C’est son travail littéraire qui est inspirant.

Quel a été votre premier contact avec l’Inde ?
E.V : Ce fut à l’occasion d’un festival de théâtre à New Delhi où j’étais invité il y a deux ans.  Avant je n’étais jamais allé en Inde, cela me faisait peur ! A New Delhi, j’ai rencontré Aruna Adiceam, l’attachée culturelle de l’Institut Français en Inde qui m’a parlé de Bonjour India et alors que j’attendais mon avion chez elle, où elle m’avait gentiment accueilli, nous avons discuté de la possibilité d’adapter India Song.

Vous avez effectué plusieurs voyages, à travers la lecture de Duras et réels aussi lors de vos repérages, comment percevez vous l’Inde aujourd’hui à travers ces différentes réalités ?
E.V : C’est en fait une vision de l’Inde qui devient réelle. A Calcutta par exemple, nous allons jouer dans la maison de Tagore, un lieu magnifique. La fiction prend vie dans un lieu existant et c’est ce que je trouve magique car tout ce que Duras a inventé va se réaliser. Je travaille de préférence dans des lieux réels plutôt que des théâtres. Et puis il y a cette vraie rencontre franco-indienne, entres les acteurs mais aussi le public qui va vivre un Calcutta imaginaire mais pourtant bien tangible à travers l’œuvre de Marguerite Duras.

Quelle est la suite que vous aimeriez donner à Gates to India Song ?
E.V : Je souhaiterais faire venir la pièce et l’équipe en France, dans mon théâtre à Lorient bien sûr mais aussi dans des festivals.

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Rédaction

Directeur de publication : Délégation Générale de la Fondation Alliance Française en Inde et au Népal

Rédacteur en chef : Laurent Elisio Bordier

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