IndiaMore : écouter l’Inde

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Le musicien Christophe Chassol est de retour en Inde pour une nouvelle tournée. L’année dernière, l’Institut Français en Inde accueillait dans le cadre du festival  Bonjour India 2013, ce compositeur, pour un concert à Delhi qui resta dans les mémoires de tous ceux qui y participèrent. En ce début d’année 2014, retrouvez le programme des Alliances françaises d’Ahmedabad, Chennai, Hyderabad, Delhi, Pune, ou Pondichéry et celui du festival du désert de Jaisalmer pour assister aux concerts de cet artiste exceptionnel. 

IndiaMore n’est pas un concert comme les autres, c’est une performance scénique, qui allie musique et vidéo. Surtout, Christophe Chassol lui-même est atypique. Au conservatoire dès l’âge de 4 ans, il a cette particularité incroyable d’avoir l’oreille absolue : frappez sur un bureau, il saura que c’est un la (ou pas). Le monde entier n’est donc pour lui que musique. Ses compositions s’en ressentent, et l’on a affaire à un monde féérique, troublant, mystique, lyrique, au croisement du jazz, de la musique classique, de l’électro, et du son du monde.

Christophe Chassol

Christophe Chassol est loin d’être un nouveau venu. Il a longtemps composé pour la publicité et le cinéma, étant fan de musiques de films. Il a aussi composé pour Sébastien Tellier et Phoenix, deux artistes pop. Certainement un plus pour lui, car sa hantise est de faire de la musique savante, cette crainte venant surement de sa formation classique jazz et piano, qu’il a gardé comme instrument de prédilection. Mais ça ne l’empêche pas d’écouter Iron Maiden et de vouer un culte à Ennio Morricone, le plus connu des compositeurs de musique de films. Alors qu’on ne s’inquiète pas, il a voulu son œuvre très accessible, et il a réussi. Cette efficacité, il l’a certainement trouvée dans son travail pour la publicité.

Son truc à lui, c’est de magnifier le réel. Il utilise les sons de tous les jours, de la nature, de la ville, des voix d’enfants ou d’adultes comme lorsqu’on le voit en concert suivre en musique la voix des intervenants de la vidéo qu’il projette. Celle-ci n’est pas seulement un support esthétique comme dans la plupart des spectacles, mais il est véritablement en interaction avec elle, mentalement et physiquement. Dans ce concert précisément, il suit l’intonation et le rythme de la voix des gens et fait d’une conversation banale ni plus ni moins qu’une composition musicale. Il en va de même quand il met en musique des discours d’Obama. Sa musique a quelque chose d’organique, de naturel au sens propre, et comme le reflète le nom de sa tournée, il harmonise le réel, il mixe les samples des bruits de la vie de tous les jours et lie le tout au piano par des nappes de claviers scintillants, comme dans « Indan Kidz ».

Indianmore

Tout cela fait indubitablement penser à deux artistes majeurs dans le monde de la musique classique moderne : Brian Eno, et surtout  Steve Reich. Brian Eno pour le minimalisme, pour l’utilisation presque spatiale de la musique, et le ménagement des silences. Comme celle d’Eno, la musique de Chassol n’est pas en aplat, elle est en 3D, comme lorsque dans « Time » la voix fait le balancier de droite à gauche. Il y a de la profondeur, plusieurs couches, plusieurs plans de musique, le premier, le deuxième, voir le troisième et les coulisses. Mais la musique de Chassol est bien plus généreuse que celle d’Eno, et à ce titre c’est surtout Steve Reich qui est à la base de son inspiration. Il n’y a qu’à écouter Piano Phase ou Music For 18 Musicians de Reich et ensuite n’importe quelle chanson de Chassol pour entendre la filiation. Tout y est, du scintillement, de la clarté carillonnante des compositions au côté organique de sa musique, en passant par les boucles répétitives et hypnotiques et ses évolutions imperceptibles. Sauf que Chassol est allé plus loin que Reich, ce dernier a voulu retranscrire le côté musical du monde grâce aux instruments, Chassol lui va jusqu’à l’intégrer dans sa musique à l’aide de ces fameux samples. Et son œuvre est plus accessible, moins savante, car il est vrai que tant de références peut faire peur. Non, vraiment, ce n’est pas seulement de la musique d’ambiance à la Eno. Ses compositions sont bien plus pop, bien plus entraînantes  oui, bien plus accessibles que celle de ses illustres modèles. Elle lorgne parfois vers l’électro lors de l’utilisation répétée de voix ou de bruits passés en boucle. Mais en même temps, c’est aussi parce que l’électro doit beaucoup à Reich.

dans son studio

Cela donne un style de musique qui n’appartient qu’à lui. On aurait pu le rapprocher du jazz fusion, car il nous fait parfois penser à Frank Zappa pour l’ambiance aérienne de ses compositions (écouter ChoralBag Excerpt, qui en plus est Reichien au possible). Mais non, il reste impossible à catégoriser, et l’on peut simplement tenter de lui trouver des correspondances avec d’autres artistes, comme le collectif « Sunburned Hand of the Man », pour le côté jazz/organique/samples du monde, mais Chassol est bien moins psychédélique et bien moins sombre. Non, définitivement, Chassol est inclassable, et il faut surtout voir sa musique comme un moyen plutôt qu’un genre. Ce moyen sert cette envie de nous transmettre le monde entièrement musical qu’il perçoit par son oreille absolue, et nous montrer que tout dans nos vies est musique, que tout est susceptible d’être beau si l’on tend l’oreille. Il la tend pour nous. Merci Christophe, merci, car maintenant les concerts de klaxons de Delhi sont une symphonie, le type qui hurle « Paneer » tous les matins à la fenêtre est un soliste, et les aboiements incessants des chiens le soir à la tombée sont un chœur plaintif façon polyphonies corses. Le monde est cool, le monde est sympa, bénie soit l’oreille absolue.

Son Myspace : http://www.myspace.com/chassol
Steve Reich : http://grooveshark.com/#!/search?q=steve+reich
Brian Eno : http://grooveshark.com/#!/album/Ambient+1+Music+For+Airports/2361433
Sunburned Hand Of The Man : http://grooveshark.com/#!/album/Headdress/4372413
Franck Zappa : http://grooveshark.com/#!/album/Waka+Jawaka/3465181


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Rédaction

Directeur de publication : Délégation Générale de la Fondation Alliance Française en Inde et au Népal

Rédacteur en chef : Laurent Elisio Bordier

Rédacteur/Coordinateur national : Siddharth Bhatt

Rédacteurs, contributeurs : Guillaume, Abhirami, Alexandre, Chintan, Cléa, David, Eleonore, Elie, Kanika, Karine, Nita, Thomas, Malvika, Marie-Joëlle, Meera, Mayuri, Mitushi, Alice, Prutha, Romain, Ritika, Manas, Supriya ...