Les nouvelles scènes du Bharata Natyam

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Dance performance at Alliance francaise of Madras

Nancy Boissel Cormier

Danseuse d’origine française, Nancy Boissel Cormier, a découvert le Bharata Natyam (danse traditionnelle du Tamil Nadu) en 1997. Elle n’a de cesse depuis lors de partager son amour pour cette discipline avec le plus grand nombre. Au travers d’un langage chorégraphique qui lui est propre et qui allie ses racines occidentales à son expérience indienne, Nancy Boissel Cormier établit des ponts entre la France et l’Inde.

Pourquoi le Bharata-Natyam ? Comment en êtes-vous venue à vous spécialiser dans cette danse ?
Loin de moi l’idée de me prétendre une spécialiste ou une professionnelle de cet art. Je ne me définis pas comme telle.
C’est en 1997, alors que j’étais à Paris, que j’ai assisté pour la première fois à un spectacle de Bharata-Natyam. La danseuse Kalpana était sur scène. L’été suivant, j’ai suivi un stage pour essayer et j’ai continué à pratiquer à Paris pendant plusieurs années avant de ressentir le besoin et l’envie d’en comprendre mieux la source et les racines. Kalpana, qui fut mon professeur de danse à Paris, m’a beaucoup parlé de son Maître, V.S. Muthuswamy Pillai, et de son fils qui a repris le flambeau, Kalaimamani Kutalam M. Selvam. Tous deux viennent d’une longue lignée de Natuvanars (Traditionnellement, les natuvāṉār sont des maîtres, chorégraphes et musiciens de pères en fils. Par extension, c’est la personne qui conduit un récital de Bharata-Natyam avec le naṭuvāṅkam.). Je suis donc partie en Inde en 2000 avec l’idée d’aller à la rencontre de M. Selvam. L’ironie de l’histoire veut qu’en arrivant à Chennai j’appris qu’il était justement parti en voyage en France ! J’ai attendu son retour et là, je lui ai demandé de devenir mon Maître.

Comment réussissez-vous à concilier vos deux cultures ?
Lorsque je me suis installée en Inde, et durant mes cinq premières années ici, j’ai dû m’immerger complètement dans la culture locale. J’ai mis une part importante de mes racines en sommeil pendant cette période, et ce n’est que plus tard, à l’occasion d’un projet mené avec Sangeeta Isvaran, alliant à la fois danse traditionnelle et danse contemporaine, que j’ai pu renouer avec mes racines et ne plus dissocier les deux cultures. A partir de là, cette double culture, cette double identité ont constitué une richesse inouïe dans tous les aspects de ma vie personnelle et artistique. Depuis lors, tout ce qui fait sens à mes yeux, et dans les deux cultures, est utilisé comme moyen d’expression.

Quels personnages vous ont inspirée ?
Ils sont nombreux. Je pense à Priyadarsini Govind, directrice de Kalakshetra (l’Ecole de danse classique de Madras), qui est une de mes danseuses préférées. Sangeeta Isvaran, qui est une merveilleuse danseuse, dotée d’un charisme fou et qui fut mon professeur d’Abhinaya (expression du visage). Mais je pense aussi à tout le milieu de la danse contemporaine, et en particulier à Preethi Athreya, qui apporte une autre perspective et un questionnement nouveau sur cet art qu’est le Bharata Natyam.

En tant que française, les portes de cet art vous ont-elles été ouvertes facilement ?
J’ai toujours reçu un accueil chaleureux. Bien sûr, je ne nie pas avoir rencontré des difficultés, mais pas plus que n’importe quelle autre danseuse. Du fait que je sois étrangère, je pense avoir suscité peut-être plus de curiosité -d’ailleurs sûrement plus à propos de mes choix de vie personnelle qu’au niveau de la danse – mais j’ai toujours senti un regard bienveillant et positif sur ma démarche.

Quelle est l’histoire de votre collaboration avec l’Alliance française de Madras ? Est-ce important à vos yeux de danser dans ce cadre ?
Oui, c’est important. Notre collaboration avec l’Alliance française de Madras ne date pas d’aujourd’hui. L’Alliance agit un peu comme un filet de sécurité, elle est un refuge, un lieu d’échanges et de rencontres, pour les français de Chennai certes, mais aussi pour un très grand nombre d’artistes locaux. Personnellement, elle m’a permis de très belles rencontres, qui ont donné suite à de très belles collaborations. Elle joue un rôle clé dans la diffusion, la promotion de la scène culturelle locale mais aussi dans la création. En 2011, l’AFM nous a d’ailleurs donné la merveilleuse opportunité d’une résidence en ses murs. L’AFM a donc permis l’émergence de L’Homme Semence une pièce mise en scène par Estelle Guihard de la Cie Etoile du Sud.

Que pouvez-vous nous dire du spectacle que vous présentez à l’AFM intitulé veṇkalac cilai ?
J’écris en ce moment une thèse, mon sujet étant « Etre artiste femme en Inde : les nouvelles scènes du Bharata Natyam ». Ce spectacle découle justement de tous ces questionnements qui ont jalonné mon évolution et mon apprentissage de cette danse depuis dix ans. Mon Maître est très créatif et très innovant dans la tradition. Lui comme moi, nous avions envie de montrer ce qui fait appel à l’universel dans cette danse, ce qui peut faire sens en chacun de nous. Nous avons choisi de parler du symbole du Shiva dansant : archétype du mandala qui représente l’Univers, référence commune à toutes les cultures.

– Nathalie Rival, Alliance française of Madras

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Rédaction

Directeur de publication : Délégation Générale de la Fondation Alliance Française en Inde et au Népal

Rédacteur en chef : Laurent Elisio Bordier

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